Open space : ce que disent vraiment les études

Passer en revue les travaux sur le bruit et la concentration, et en tirer des aménagements réalistes.

Open space : ce que disent vraiment les études

8 min de lecture

4,6sur 5492 votes

  • 4,9Klecteurs
  • 6en ce moment
  • 149partages

Les études convergent sur un point : l’espace ouvert n’agit pas de la même façon sur tout le monde, mais il impose un coût d’attention mesurable. Une recherche publiée en 2026 montre que le cerveau fournit davantage d’efforts pour rester concentré dans un open space que dans un bureau individuel, y compris chez des personnes qui pensent ne pas prêter attention au bruit. Les travaux en ergonomie de l’activité insistent de leur côté sur un autre facteur : le problème vient moins de l’absence de murs que de l’impossibilité de choisir où et comment travailler selon la tâche du moment.

L’open space est devenu la norme dans un grand nombre d’entreprises, et il reste l’un des aménagements les plus commentés du monde du travail. Les recherches qui lui sont consacrées ne disent pourtant pas ce que la polémique en retient. Elles montrent un effet réel sur l’effort de concentration, mais aussi des écarts importants selon les métiers, les tâches et la marge d’isolement disponible. La bonne question n’est donc pas de savoir si le bureau ouvert est bon ou mauvais, mais dans quelles conditions il produit quel effet.

Les interruptions ne viennent pas seulement du bruit : reprendre la main sur sa boîte mail permet de limiter une autre source de sollicitations pendant les plages de concentration.

Ce que les études sur l’open space mesurent réellement

Derrière l’expression open space se cachent des réalités très différentes : un plateau de cinquante postes dans une société de services, un espace de coworking partagé par plusieurs structures, un bureau paysager adouci par des plantes et des cloisons basses. Comparer des résultats sans regarder l’aménagement précis revient à comparer des situations qui n’ont pas grand-chose en commun.

Les recherches portent généralement sur quatre familles d’indicateurs : la concentration sur les tâches qui demandent de la réflexion, la fréquence des interruptions, la coopération entre collègues et la satisfaction exprimée au travail. Selon l’indicateur privilégié, le verdict change. Un plateau ouvert peut faciliter les échanges de proximité tout en dégradant la capacité à mener une tâche longue sans être coupé.

Le cerveau fournit plus d’efforts, même quand le bruit semble ignoré

Une étude publiée en 2026 apporte un éclairage utile sur ce point. Elle montre que le cerveau doit travailler davantage pour rester concentré dans un open space que dans un bureau individuel. Le résultat notable est que cet effort supplémentaire apparaît aussi chez des personnes qui estiment ne pas prêter attention aux distractions autour d’elles.

Ce décalage entre la perception et la charge réelle explique une partie des désaccords. Un salarié peut très bien déclarer que le bruit ne le gêne pas, tout en terminant sa journée plus fatigué et en ayant besoin de plus de temps pour retrouver un niveau d’attention équivalent. La gêne ressentie n’est donc pas un indicateur suffisant, et les enquêtes fondées sur la seule déclaration passent à côté d’une partie du phénomène.

Il faut rester prudent sur l’interprétation : ces travaux mesurent un effort cognitif dans des conditions données, pas une maladie ni une incapacité. Ils ne permettent pas de conclure qu’un open space rendrait quiconque inefficace, et ils ne fondent aucun diagnostic.

Ce que l’ergonomie observe dans les bureaux ouverts et le coworking

Une autre approche, l’ergonomie de l’activité, part du travail réel plutôt que de mesures en laboratoire. Des recherches menées en 2022 et 2023 ont suivi cinq espaces de coworking et six organisations de la région de Montréal, dont deux ministères, trois structures de l’économie sociale et une entreprise privée, dans le cadre d’un projet consacré à la santé au travail.

Leur apport principal est de montrer que l’espace n’agit jamais seul. Ce qui pèse, c’est l’écart entre ce que l’aménagement laisse croire et ce que le travail exige vraiment. Un plateau pensé pour la conversation devient ingérable pour une personne en clôture comptable, un espace présenté comme flexible complique la vie d’une équipe qui a besoin de se parler toute la journée.

Ce que les études examinentCe qu’elles suggèrentCe qu’elles ne tranchent pas
Concentration sur une tâche longueUn effort d’attention plus élevé en espace ouvertL’ampleur de l’effet selon les métiers
Coopération entre collèguesDes échanges plus faciles quand les postes sont prochesLa qualité réelle de ces échanges
Gêne ressentie au travailUn lien fréquent avec le bruit et les interruptionsLe seuil à partir duquel la gêne devient problématique
Santé au travailUn poids du sentiment de maîtriser son environnementLes effets à long terme sur des populations entières

Bureaux rétrécis et travail hybride : pourquoi le sujet se rallume

Depuis la pandémie, les bureaux ont discrètement rétréci. Beaucoup d’organisations n’ont plus besoin d’autant de surface ni d’autant de postes de travail, puisqu’une partie des salariés exerce une partie de la semaine à distance. Le raisonnement immobilier tient, mais il produit un effet secondaire prévisible : les jours où les effectifs sont nombreux sur site, le plateau paraît nettement plus animé et plus bruyant qu’auparavant.

Le paradoxe est là. On a réduit la surface au nom du travail hybride, tout en concentrant les présences sur moins de journées. La densité moyenne sur la semaine baisse, la densité réelle lors des pics augmente. Or c’est cette densité de pointe que les salariés vivent, pas la moyenne annuelle.

Pourquoi deux études sur l’open space peuvent se contredire

Les divergences ne signifient pas que la recherche serait incohérente. Elles viennent surtout de quatre choix méthodologiques.

  • Ce que l’on mesure : le temps de réaction sur une tâche, le nombre d’interruptions, la satisfaction déclarée ou la coopération observée ne racontent pas la même histoire.
  • Qui est étudié : un développeur, un chargé de clientèle et un gestionnaire de dossiers n’ont pas les mêmes besoins d’isolement.
  • Combien de temps dure l’observation : une heure en laboratoire et six mois sur un plateau ne captent pas les mêmes effets.
  • Comment on interroge : une question sur le bruit perçu ne remplace pas une mesure de l’effort fourni.

Lire un résultat sur l’open space sans ces précisions revient à lire un chiffre sans son unité.

Les leviers qui changent vraiment le quotidien en espace ouvert

Les pistes qui ressortent le plus souvent ne consistent pas à tout cloisonner, mais à redonner du choix.

  • Zoner par type de tâche : prévoir des places pour téléphoner, pour travailler seul et pour échanger, plutôt qu’un plateau uniforme.
  • Écrire des règles de silence : elles tiennent quand elles sont décidées par l’équipe et rappelées, pas quand elles restent implicites.
  • Sécuriser le repli : quelques salles ou alcôves réellement disponibles valent mieux qu’une grande salle de réunion souvent occupée.
  • Aligner les jours de présence : concentrer les échanges sur des journées identifiées laisse des plages calmes pour les tâches longues.
  • Former les managers : la gêne se traite d’abord dans l’organisation du travail, pas dans la plainte individuelle.
  • Mesurer les effets : interruptions, temps de reconcentration, turnover. Sans indicateurs, le débat reste une affaire d’impressions.

Ce que les études sur l’open space ne disent pas

Aucune recherche ne permet d’affirmer qu’un aménagement donné conviendrait à toutes les équipes. Les données disponibles décrivent des tendances dans des contextes précis. Elles ne disent rien non plus de la qualité d’un management, de la charge de travail réelle ou de la culture d’une entreprise, alors que ces facteurs pèsent lourd dans le vécu quotidien.

Elles ne tranchent pas davantage la question du télétravail : travailler à distance supprime certaines interruptions sans régler les problèmes de coordination. Le sujet de l’open space est donc moins un débat sur les murs qu’un débat sur la répartition des tâches, des lieux et des moments.

Décider avec les études plutôt que contre elles

La conclusion pratique tient en une phrase : l’espace ouvert n’est ni un progrès ni une erreur en soi, c’est un choix d’organisation qui produit des effets différents selon la façon dont il est encadré. Une entreprise qui souhaite le conserver a intérêt à traiter trois questions avant d’acheter du mobilier : quelles tâches demandent du calme, quelles tâches gagnent à être faites à plusieurs, et comment chacun peut choisir son lieu selon le moment.

Une équipe qui répond honnêtement à ces trois questions dispose de plus d’éléments qu’une étude générale. Les recherches sur l’open space servent à comprendre le mécanisme, pas à remplacer l’observation du travail réel.

Un open space fait-il forcément baisser la productivité ?

Non. Les études montrent un coût d’attention plus élevé pour les tâches qui demandent de la concentration, ce qui n’équivaut pas à une baisse générale de performance. Le résultat dépend de la nature des tâches, de la densité du plateau et de la possibilité de s’isoler quand c’est nécessaire.

Pourquoi certains salariés se déclarent-ils très bien dans un bureau ouvert ?

Leur travail repose souvent sur des échanges fréquents, ou ils disposent de marges pour s’isoler au bon moment. La satisfaction déclarée reflète aussi la qualité du collectif et le sentiment de maîtriser son environnement, deux facteurs que l’aménagement seul ne détermine pas.

Le bruit est-il le seul facteur mis en cause par les recherches ?

Non. Les interruptions, la visibilité permanente, la difficulté à signaler son besoin de calme et la densité des postes jouent également. Le bruit reste le plus visible, mais il n’est qu’une des composantes de la charge mentale en espace ouvert.

Les résultats obtenus à Montréal s’appliquent-ils aux entreprises françaises ?

Ils donnent des pistes solides, à condition de les lire comme des tendances et non comme des règles. Les contextes réglementaires et culturels diffèrent, mais les mécanismes observés, notamment l’écart entre le travail prescrit et le travail réel, se retrouvent dans la plupart des organisations de bureau.

Que peut faire une équipe sans budget pour des cloisons ?

Travailler sur les usages coûte souvent moins cher que casser des murs : identifier des plages de silence, répartir les postes selon les besoins, limiter les réunions improvisées sur le plateau, organiser la rotation des jours de présence. Ces mesures ne remplacent pas des locaux adaptés, mais elles réduisent une partie de la gêne.

Faut-il en déduire qu’il faudrait revenir à des bureaux individuels ?

Ce n’est pas ce que disent les données. Le bureau individuel réduit une partie des interruptions mais complique les échanges rapides et consomme davantage de surface. L’arbitrage se joue plutôt sur la combinaison des deux, avec des espaces ouverts pour ce qui se fait à plusieurs et des lieux fermés pour ce qui exige du calme.

L’auteur

Sandrine Kowalski

Consultante en organisation du travail

Mon terrain sur ce site : organisation, télétravail, charge de travail et qualité de vie.

Voir tous ses articles

Votre avis compte

Cet article vous a-t-il été utile ?

4,6sur 5492 votes

Notez cet article :

Commentaires

Soyez le premier à réagir.

Pour continuer la lecture

Victoire Aubry
Responsable communication interne

Victoire Aubry

Je passe mes journées à faire circuler l'information entre les équipes et la direction. J'écris ici ce que j'observe sur le terrain, y compris quand ça ne se passe pas comme prévu.

Découvrir son profil